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Les orchestres et le crowdfunding : un mode de financement en plein essor

Le financement participatif – ou Crowdfunding – est un moyen de récolter des fonds dans le but de financer un projet. Il permet, grâce à l’association d’un grand nombre de personnes investissant un petit montant, de trouver les fonds demandés. Ce mode de financement est également un moyen de fédérer, de rassembler et de créer une communauté. Ainsi, une fois l’objectif réalisé, les participants deviendront un public fidèle. Ils se sentiront investis et suivront le porteur de porteur de projet, chacun d’entre eux ayant été acteur de sa réussite.

Le financement participatif est aujourd’hui un mode de financement incontournable, un levier qui permet au grand public de soutenir financièrement et collectivement une idée ou un projet qui le séduit. Le porteur de projet demande un prix et les mécènes font des dons. Souvent, un minimum est demandé (quelques euros). Des contreparties sont proposées, proportionnelles au montant (cadeaux, dédicace, son nom dans le clip ou dans un support de communication, rencontre avec les musiciens ou avec l’artiste etc…)

Vous l’aurez compris, l’artistique n’est pas en reste. Nombreux sont les projets qui ont pu être ainsi financés (le premier album d’Ello Papillon, la comédie musicale « Le Chausson d’Argent« , Le festival « Le bruit de la Ville », le Choeur Vittoria etc…).

Et l’orchestre ?

Déjà en 2013, l’Orchestre National d’Île-de-France lançait une campagne de crowdfunding pour son opéra jeune public Célèste ma planète tirée du best-seller de Timothée de Fombelle. Les dons devaient financer la réalisation de la mise en scène, les lumières, les décors et les costumes du spectacle. La plateforme était Fondiatio. 8 000 € étaient nécessaires. Ce projet n’était pas passé inaperçu, étant relayé par Le Parisien, La terrasse ou encore France Musique.

L’an dernier, l’Orchestre symphonique de Bretagne a fait appel aux dons pour son projet Brothers in Arts – 70 ans de liberté, création mondiale pour quintette de jazz et orchestre.

OSB - Brothers in Arts

En mars 2014, l’orchestre et Proarti, la plateforme de mécénat participatif dédiée à la création artistique, se sont associés pour la promotion de Brothers in Arts et proposent au public la possibilité de participer au financement de l’oeuvre. La Banque Populaire de l’Ouest était un partenaire essentiel: pour chaque euro versé via proarti.fr, le mécène s’engageait à verser une somme identique. Exemple : pour un don de 25€, la Banque verse également 25€ à le projet reçoit un soutien de 50€. Mais il y a d’autres partenaires sur ce projet. L’objectif a largement été atteint puisque sur les 1 800 € demandés, 1 950 € ont été récoltés. Soit un taux de financement de … 180 % !

Crowdfunding. Partenaires de l'OBS
Fort de son succès, l’orchestre réïtère l’aventure pour la création de l’oeuvre d’Ibrahim Maalouf pour orchestre symphonique et trompette à quarts de ton : Parachute . La Banque Populaire de l’Ouest était toujours mécène du projet. C’est par le biais de la plateforme Ulule que l’Orchestre a mené cette campagne de financement. D’autres partenaires ont pris part au projet : Région Bretagne, Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Bretagne, Ville de Rennes, Conseil Général d’Ille-et-Vilaine, Conseil Général du Morbihan, Musique Nouvelle en Liberté. Là encore, c’est une réussite puisque le projet a été financé à 107% : 3215 € récoltés sur les 3000 € demandés. L’opération s’est cloturée le 31 mars 2015.

Actuellement, l’Orchestre d’Avignon demande le soutien des internautes pour l’enregistrement de La Société Anonyme Des Messieurs Prudents sur la plateforme kisskissbanbank. L’objectif des 4 500 € est aujourd’hui réalisé à 76%, grâce aux 3 430 € de dons. On compte à ce jour 55 financeurs qui donnent majoritairement entre 20 et 50 € (En moyenne :  62€). Le don minimum est de 5 €. Il y a plusieurs choix de montants, échelonés sur le site. Des contreparties sont proposées. On peut y participer jusqu’au 9 mai.

L’Orchestre des Pays de Savoie est actuellement en campagne de crowdfunding.

Mont-Blanc

 

Pour célébrer 30 ans de concerts innovants et engagés, l’orchestre fait le pari d’un concert au sommet du Mont-Blanc en programmant trois musiciens (un hautboïste, un clarinettiste et un bassoniste), accompagnés de deux personnes de l’équipe administrative et technique, et ce à 4810 mètres d’altitude. La somme demandée sur la plateforme CultureTime est de 4810 €. Actuellement, ce projet est financé à hauteur de 53% avec 2 545 € de dons (à 38 jours de la date limite). 31 mécènes ont jusqu’ici participé.

C’est donc tout le secteur musical qui est concerné : solistes, choeurs, orchestres (que ce soit avec un soliste très populaire comme Maalouf, une formation musique de chambre, ou pour un opéra jeune public comme Célèste ma Planète). L’industrie du disque est également friande du financement participatif, que ce soit pour financer des albums, tournées …

 

Quelques liens :

Reportage avec Françoise Benhamou sur France Musique.
France Inter : le crowdfunding / Le succès du crowdfunding en France.
Irma : La musique fait son crowdfunding.
ulule : Traitement fiscal

Hommage à Catherine Delcroix

L’ensemble de la profession a rendu un hommage public à Catherine Delcroix lundi 22 septembre à Paris.

Décédée le 16 juillet 2014, Catherine était administratrice de l’Orchestre national d’Île-de-France, présidente du Syndicat National des Orchestres et des Théâtres Lyriques (SYNOLYR) et vice-Présidente de l’Association Française des Orchestres (AFO). Suit le texte de l’hommage rendu par le Président Ivan Renar au nom de l’ensemble des membres de l’AFO.

« Nous avons tous connu Catherine à différents titres, sous différentes facettes.

Dans cette salle, vous avez tous un mot à dire, un souvenir à rappeler, et parmi eux de nombreuses images heureuses. Je ne serai pas un porte parole, mais je veux témoigner de ce que Catherine nous laisse, de la richesse et de la générosité de son parcours.

Au sein de l’Association Française des Orchestres, nous avons tous été marqués par des qualités qui lui étaient propres, et qui ont donné à ses actions une signature spécifique.

Catherine était une et indivisible, comme la République ! C’est pourquoi il faut la prendre en bloc comme disait Clémenceau, parlant de la Révolution française de 1789.

Je pourrais parler de son caractère entier, qui a été l’un des instruments de sa réussite professionnelle.

Mais plus encore, je veux dire que son sens du collectif et son sens de l’intérêt général étaient exceptionnels ; l’unité, elle l’a défendue au sein du SYNOLYR, comme au sein de la FEPS : les orchestres, les acteurs du spectacle vivant et plus largement ceux de la culture, sont rassemblés et unis autour de préoccupations communes qui méritent que l’on se batte pour elles. Catherine a ainsi été un artisan convaincu de la création de l’intersyndicale SYNOLYR-CPDO.

Mais cette unité n’est pas synonyme d’uniformité, elle renvoie à la diversité qui est une richesse. Catherine a été ainsi un porte parole de la diversité démocratique, de celle dont l’expression permet de poursuivre sa route ensemble et de bâtir de grandes choses.

Dans un moment où « l’effondrement de la raison engendre des monstres », pour reprendre la formule de l’écrivain Georges Bernanos, Catherine avait compris que l’enjeu de la culture, et de la musique en particulier, était bien d’éclairer la richesse des hommes et des femmes. Et aussi que les arts, souvent décriés comme dispendieux et élitistes, faisaient au contraire naître une inestimable plus-value humaine.

Elle a toujours su que le non partage de l’art, c’est comme une bombe à fragmentation : ça fait des mutilations terribles, et aussi que reconnaitre le rôle irremplaçable de la culture reste un combat.

Le mot « désespoir » n’est pas politique et le mot respect n’a pas à connaitre « la pénurie ».

Catherine était un personnage fort et constant, plus qu’une battante, une combattante, une femme de conviction, guidée par les mêmes principes dans son action et dans ses relations professionnelles ou amicales. Elle admirait le travail, pour sa valeur intrinsèque, comme un devoir, comme une forme d’absolu, mais aussi comme un jeu. Elle maitrisait très bien une sorte de distanciation brechtienne.

Lui rendre hommage aujourd’hui, elle qui est l’honneur du service public de la musique, c’est notre manière de reconnaitre un legs, et de la remercier pour son action, et pour le souvenir qu’elle laisse, très fort, derrière elle. Elle, qui était de tous les combats.

La Grande Dame qu’elle a été nous rappellera en permanence que le temps de l’art, c’est la longue durée et que dans les renaissances, les artistes, les créateurs, jouent un rôle fondamental. Souvenons-nous de ce que disait un jour Pierre Boulez : « il n’y a aucune fatalité à l’histoire. L’histoire est ce que l’on y fait. L’histoire est une chose que l’on agit et non pas que l’on subit ».

Jusqu’à son dernier souffle, Catherine n’a jamais subi. Elle a combattu. Comme disait un poète de la Resistance, René Char : « c’est dans l’obscurité qu’il fait bon de croire à la lumière ».

C’est en cela que nous disons encore aujourd’hui aux membres de sa famille ici présents, que nous partageons leur peine, que nous les embrassons, tout en étant très fiers et heureux de l’avoir côtoyée. »