Le Rôle des Collectivités Publiques

 

Le rôle historique du Ministère de la Culture, aménageur du territoire symphonique dès la fin des années 1960, ne saurait être assez souligné. Celui des conseils régionaux, dès la mise en place des lois de décentralisation (et même antérieurement dans le cas de la région Nord Pas-de-Calais, principal financeur de l’Orchestre National de Lille Nord Pas-de-Calais dès sa création en 1976), apparaît lui aussi essentiel tout au long des années 1980.

Il n’en reste pas moins que, aujourd’hui comme hier, les villes occupent en France le tout premier rang pour le financement des orchestres, comme d’ailleurs pour l’ensemble du financement de la vie culturelle. L’Histoire, là encore, pèse de tout son poids, mais elle n’explique pas tout. C’est un choix politique, non une soumission à la fatalité, qui conduit des villes comme Lyon, Toulouse ou Bordeaux à consacrer des sommes proches de 7 millions d’euros par an à leur orchestre symphonique. C’est la volonté, non le hasard, qui plus généralement place un budget culturel de plus de 20 % en tête de tous les autres budgets dans des villes comme Strasbourg ou Nancy.

Au fil des années, les financements « croisés » sont devenus la règle pour les orchestres. Le poids de chaque collectivité, Etat, Région, Départements ou Ville, varie selon les cas, les « clés de financement » initialement proposées par l’Etat ayant été au fil des années transgressées, puis oubliées.

Pour aller un peu plus loin dans l’appréciation du rôle de l’Etat, il ne faudrait pas oublier de souligner l’urgence dans laquelle il aura le plus souvent travaillé, de concert avec ses interlocuteurs des collectivités territoriales, pour sauver ou créer certains orchestres. N’hésitant pas à pousser jusqu’à 50%, dans un premier temps, sa part dans le fonctionnement de la nouvelle institution, éludant des questions de forme juridique et d’unification des statuts de musiciens, le Ministère de la Culture s’est longtemps posé en acteur plutôt qu’en inspirateur d’une renaissance de l’activité orchestrale en France.

Cette hâte et cette volonté farouche d’aboutir expliquent sans doute certaines situations, certaines inégalités, certaines difficultés qu’il aura fallu parfois des années pour résorber entièrement. Mais elles auront aussi créé une réelle solidarité des collectivités publiques autour des orchestres qu’ensemble elles avaient pris en charge.

Plusieurs questions rebondissent aujourd’hui et en tout premier lieu celle du statut de ces orchestres. Il en existe de deux types : celui de l’association de la loi de 1901 et celui du service public, allant de la « régie » qui, dans les villes, fait de l’orchestre un service municipal comme un autre, jusqu’aux formes du syndicat mixte ou de « l’établissement public de coopération culturelle ». Un statut de droit privé d’un côté, et de l’autre des statuts de droit public, entre lesquels la législation a longtemps creusé le fossé. L’harmonisation reste problématique mais elle progresse peu à peu, avec notamment la généralisation des contrats à durée indéterminée aux orchestres de statut public, dans la droite ligne de directives européennes. Si la musique, contrairement à la légende, n’est pas forcément le lieu de l’harmonie la plus pure, les institutions musicales, et particulièrement les orchestres, ont réussi à créer autour d’elles un joli consensus politique.

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