Directeurs Musicaux, Chefs Permanents, Invités

 

Chef 1Sur la carrière et le métier de chef d’orchestre, les clichés les plus absurdes continuent de circuler, véhiculés parfois, il faut bien le reconnaître, par les intéressés eux-mêmes, ou du moins par les plus médiatisés d’entre eux. On nous laisse entendre que les débuts de carrière sont plus fulgurants que jamais, que les compagnonnages entre chefs et orchestres résistent moins au temps, que les interprétations des derniers « dinosaures » doivent se savourer comme on déguste un grand cru millésimé. Il n’existerait, en somme, que trois catégories : les petits génies de la baguette, les businessmen et les vieux sages de la direction d’orchestre.

Fort heureusement, rien de tout cela n’est vrai. À chaque étape de sa carrière, le quotidien d’un chef, comme celui d’un orchestre, est fait de travail, d’abord et avant tout. Donner la parole à l’œuvre et aux musiciens qui en seront les interprètes n’est pas un métier d’animateur. C’est un métier d’artiste, dans toute la dimension artisanale du mot. Ni la vélocité ni l’immobilité ne sont de mise ici.

Les dernières années auront été marquées parChef 6 la fin de compagnonnages placés sous le signe de la constance et de la complicité. Le départ de Michel Plasson, en poste au Capitole de Toulouse durant près de 30 ans, a marqué une date. Ailleurs et dans le même temps les huit dernières années, d’autres départs ont marqué la fin d’une époque : ceux de Jacques Mercier en Île-de-France, de Marek Janowski au Philharmonique de Radio France, de Jacques Houtmann en Lorraine. Pour chacun d’entre eux, l’aventure avait duré une vingtaine d’années.

La particularité française n’est pas dans cette stabilité. Elle est manifeste, en revanche, dans la responsabilité qui repose sur les épaules des directeurs musicaux. Une responsabilité très large, à quelques exceptions près : celle des orchestres lyriques, intégrés à une « maison », ou celle des orchestres de Radio France, dépendant du « service musical » de l’établissement public. Dans les phalanges les plus récentes, qui sont aussi les plus nombreuses, cette responsabilité aura eu un rôle fondateur – fondateur d’identité par l’identification à un chef, qui renouait d’ailleurs avec une certaine tradition française.

Dans de nombreux orchestres, seul le chef permanent porte le titre de directeur. C’est à lui qu’incombent toutes les décisions de fond. Il n’a pas à ses côtés un intendant ou un manager, chargé d’incarner, comme en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons, la continuité de l’institution orchestrale, de son activité, de sa politique. Le plus proche des responsables qui l’entourent est un « administrateur général », en principe le premier de ses collaborateurs.

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Mais les choses ont évolué. Souvent, l’administrateur est devenu, dans les faits voire dans son statut, un véritable alter ego. L’épuisant travail de « représentation » de l’orchestre, notamment auprès des collectivités publiques qui avaient présidé à sa naissance, est devenu moins lourd au fil des années pour les chefs permanents (certains, précisément, préfèrent cette appellation à celle de directeur). Il n’est plus question pour eux que de ce travail de fond dont les premiers fruits ne datent pas d’hier, comme en témoigne le haut niveau des chefs et des solistes invités depuis quinze ans par les orchestres français. C’est d’ailleurs là le témoignage le plus éloquent de la réussite dont peuvent s’enorgueillir les directeurs musicaux de nos formations permanentes. Grâce à eux, la France tient plus que jamais son rang dans le concert des grandes nations symphoniques et lyriques.

 

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