lettre ouverte

Radio France / Lettre à Fleur Pellerin

Nous reproduisons ici la lettre adressée par la Plateforme des musiques de création et de patrimoine à Mme la Ministre de la Culture et de la Communication.

Paris, le 7 avril 2015

Madame la Ministre,

Dans le contexte de crise financière et sociale subie par Radio France, la presse s’est fait le relais des propositions de son Président Directeur Général.

Les perspectives qu’il envisage, telles que la fermeture de France Musique ou son transfert sur le web, suscitent la profonde inquiétude du secteur des musiques de patrimoine et de création que représente la plateforme Accord Majeur.

Radio France doit mettre en perspective ses dépenses et ses objectifs sous votre regard attentif.

Cependant, nous ne pouvons nous résoudre à penser que la fermeture de France Musique, ou son transfert des ondes hertziennes au web, puisse recevoir un écho favorable au ministère de la Culture et de la Communication.

En parallèle de la diffusion sur internet, la radio publique demeure un outil essentiel dans la politique d’accès à la musique pour tous les citoyens, à travers des politiques éditoriales variées et adaptées à tous les types d’écoutes. Cet objectif d’accessibilité doit rester l’ambition du Gouvernement.

La radio est également le premier levier de promotion des talents d’aujourd’hui et fournit aux créateurs et aux artistes, dans toute leur diversité, une tribune irremplaçable. Elle participe également de manière non négligeable à l’économie du secteur musical via les droits générés par la diffusion hertzienne.

Alors que le contexte économique actuel menace déjà notre secteur, le ministère de la Culture et de la Communication doit réaffirmer avec force l’importance de la promotion des artistes et des créateurs par voie radiophonique.

Nous attendons de connaître les propositions de Monsieur Gallet mais, plus encore, nous attendons du Ministère qu’il les étudie à l’aune de ses missions : un service public de qualité, représentatif de la diversité musicale.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’accepter, Madame la Ministre, l’expression de notre plus haute considération.

Pour Accord Majeur :

Le Président de l’AFO Ivan Renar (Sénateur Honoraire)
Le Président de la CPDO Alain Surrans (Directeur de l’Opéra de Rennes)
Le Président de la FEVIS Jacques Toubon (Ancien Ministre)
Le Président de FUTURS COMPOSES Benoît Thiebergien (Centre International des Musiques Nomades / Festival Les Détours de Babel)
Le Président de FRANCE FESTIVALS Philippe Toussaint (Président du Septembre musical de l’Orne)
Le Président de GRANDS FORMATS Frédéric Maurin (Chef d’orchestre de Ping Machine)
La Présidente de PROFEDIM Lorraine Villermaux (Directrice des Talens Lyriques)
Le Président honoraire du REMA Alain Brunet (Directeur du CCR Ambronay)
La Présidente de la ROF Laurence Dessertine (Adjointe au Maire de Bordeaux)
La Présidente du SYNOLYR Fabienne Voisin (Directrice générale de l’Orchestre National d’Ile-de-France)

Lettre ouverte / B. Foccroulle à Charles Michel

Lettre ouverte au Premier Ministre de Belgique, Charles Michel

« Monsieur le Premier Ministre,

J’ai été particulièrement choqué d’apprendre les mesures d’économies drastiques qui viennent d’être annoncées aux institutions culturelles fédérales.

Je suis choqué par leur brutalité : les économies à réaliser sont absolument considérables, extraordinairement difficiles à réaliser à court terme. Or le gouvernement fédéral ne laisse pratiquement aucun répit pour les étudier et préparer leur mise en œuvre. Les conséquences de décisions aussi radicales risquent d’être absolument dramatiques pour ces institutions, et plus globalement pour Bruxelles et le pays.

Après avoir dirigé la Monnaie pendant 15 ans, je travaille aujourd’hui à l’étranger. Je puis vous garantir que nos institutions fédérales font un travail remarquable avec des moyens financiers bien inférieurs à leurs concurrents européens. La Monnaie est reconnue aujourd’hui comme l’une des meilleures, l’une des maisons d’opéra les plus créatives au monde : il y a en Allemagne des dizaines d’opéras de province qui sont plus richement dotés que notre Opéra fédéral !

Dans son rôle de capitale européenne, Bruxelles a impérativement besoin d’institutions culturelles qui donnent à lire, à voir, à entendre la diversité de l’Union européenne. Bozar, la Monnaie ainsi que les musées et autres institutions fédérales jouent à cet égard un rôle exemplaire, avec une créativité inversement proportionnelle aux moyens financiers limités dont ils disposent. A ce titre, nos institutions fédérales servent aussi de tremplin international à de nombreux artistes flamands et wallons. Et une étude sérieuse prouverait aisément, s’il en est besoin, que les retombées économiques qu’elles génèrent sont bien supérieures aux subventions publiques. Sans parler des retombées immatérielles : éducation, attractivité de la ville, image du pays, etc.

Dans le contexte de crise économique que nous connaissons, on peut accepter l’idée que la culture participe dans une certaine mesure aux efforts d’assainissement des pouvoirs publics – bien que les économies générées dans le champ culturel soient minimes voire contre-productives d’un point de vue macro-économique. Faut-il pour autant prendre le risque de « casser l’outil » ? Décourager les travailleurs de ces secteurs par des mesures inéquitables ? Encourager la fuite des talents artistiques à l’étranger ? Mettre en pièces le travail patient des directions successives qui ont produit la qualité aujourd’hui mondialement reconnue ?

Durant les années passées à la direction de la Monnaie, j’ai pu observer les menaces récurrentes qui, provenant des milieux nationalistes wallons et surtout flamands, pesaient sur l’avenir de nos institutions fédérales, régulièrement ciblées par les uns ou les autres. Nous y avions résisté jusqu’ici avec succès. Quelques jours après la mise en place de votre gouvernement, ces craintes resurgissent de la manière la plus violente : comment ne pas s’alarmer d’une politique qui, sous le couvert d’économies, va rapidement épuiser les institutions fédérales, les vider de leur substance et de leur créativité. On ne peut qu’être frappé par la convergence entre le programme de la NVA concernant l’évaporation puis la disparition de la Belgique, et les conséquences qui découleront nécessairement de ces économies imposées brutalement et aveuglément.

Je lis qu’Olivier Chastel*, agacé par les critiques de toutes parts, demande qu’on laisse un peu de temps au gouvernement. Ne serait-ce pas plutôt au gouvernement de laisser un peu de temps au secteur culturel fédéral, afin de lui permettre d’étudier sereinement des restructurations et des pistes d’économies réalistes, plutôt que de le forcer à prendre la voie d’un déclin probablement irréversible?

Monsieur le Premier Ministre,
Il m’est très difficile d’imaginer que tout ceci ait été sciemment pensé et programmé au sein de l’ensemble des partis qui ont préparé le programme de votre gouvernement. Vous avez la possibilité de réagir haut et fort, de lancer un signal qui rétablisse la confiance et crée les conditions d’un dialogue avec le monde culturel. Mais le temps presse ! La situation actuelle est intenable, dangereuse, explosive.

Si, à la Monnaie, La Muette de Portici a contribué à la naissance de la Belgique, la mise à mort des institutions culturelles fédérales signifierait, symboliquement et concrètement, la fin du pays et l’étranglement de Bruxelles. Je ne puis imaginer que vous preniez part à ce processus.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de ma haute considération. »

Bernard Foccroulle
Directeur du Festival d’Aix-en-Provence
Directeur honoraire du Théâtre Royal de la Monnaie

 

*ancien Ministre fédéral du Budget