Aujourd’hui, l’Europe

 

Europe 3Les Français sont bien connus, dans le monde entier, pour leur propension à conjuguer, d’une manière paradoxale qui n’appartient qu’à eux, le chauvinisme le plus étroit et un sens aigu de l’autocritique. Dans le domaine de la musique, comme dans beaucoup d’autres, cette attitude s’explique sans doute par un sens de l’ouverture dont l’Histoire porte le témoignage. Terre d’asile de Rossini, de Liszt et de Chopin, de Stravinsky, de Delius et de Martinů, nation musicale toujours prête à s’enrichir de ce qu’Henri Dutilleux appelle joliment le « levain de l’étranger », la France, à s’offrir sans cesse au miroir des autres n’a jamais pu s’empêcher d’y contempler sa propre image.

Dans les années 1830, la Société des Concerts du Conservatoire enthousiasmait les musiciens de toute l’Europe par la beauté de ses interprétations beethovéniennes. Plus tard, l’Opéra passait commande à Verdi, tandis que le « cas Wagner » soulevait un débat qui devait rebondir durant plus d’un demi-siècle. Plus tard encore, Diaghilev allait choisir Paris pour théâtre de ses audacieuses créations.

Il n’en fallait pas plus pour entretenir chez Europe 2les musiciens français, sous les tapageuses manifestations d’un orgueil parfois compréhensible, un doute existentiel qui allait se transformer, au lendemain du second conflit mondial, en véritable crise de confiance. Une crise dont on ne saurait vraiment dire si les difficultés d’organisation de la vie symphonique, jusqu’à la fin des années 1960, en furent le simple révélateur, la cause ou la conséquence. Quoi qu’il en soit, alors que la France gardait une place de premier plan dans le paysage européen de la création musicale, ses orchestres perdaient du terrain dans la compétition internationale incarnée, principalement, par l’essor du disque.

Les trente dernières années auront permis de renverser le mouvement. Tandis que l’Europe ne cessait de s’élargir et de se renforcer, les orchestres français se devaient de trouver leur place, pour ne pas dire leur rang, dans ce « concert des nations » en perpétuelle évolution. Un véritable défi qui a été relevé avec succès.

Après plusieurs décennies marquées par ce qu’il faut bien appeler la standardisation du répertoire et du « son » des orchestres, un équilibre s’est installé, permettant aux orchestres français de mieux faire reconnaître les qualités qui leur sont propres. Tout en s’ouvrant à des musiciens venus de pays étrangers, les formations françaises ont préservé et cultivé des couleurs individuelles et collectives, un caractère, une forme d’engagement, une approche inimitable des répertoires inscrits dans leur « arbre généalogique », qui les font apprécier pour ce qu’elles sont et non pas seulement pour la place qu’elles occupent dans le « classement international » régulièrement remis à jour par d’incorruptibles arbitres.

Europe 1

L’une des meilleures preuves de l’aptitude des orchestres français à tenir leur rang dans l’Europe de demain est sans doute la fréquence et la régularité des invitations qu’ils reçoivent de l’étranger. Chaque saison, ils donnent environ 200 concerts en dehors de leurs frontières, la plupart… en Europe.

Leur esprit d’ouverture se manifeste aussi dans leur implication dans des projets européens d’envergure. L’Orchestre de Picardie a ainsi initié le réseau « One » et l’Orchestre National de Lyon participe au réseau « Symphonet ». Autant de formes de collaboration entre orchestres de plusieurs pays qui permettent des échanges culturel au sens le plus fort du terme : les artistes, musiciens d’orchestre, compositeurs, chefs  circulent, dialoguent, créent ensemble en confrontant leur personnalités propres ; des œuvres font l’objet de commandes conjointes permettant une diffusion élargie ; les publics eux-mêmes sont accompagnés dans la découverte de nouveaux répertoires et d’expressions musicales différentes.

Laisser un commentaire